30/05/07
*****************- Guess how much I love you...***Il gèle.
***Blotti au creux de mon fauteuil, je replie mes jambes sur ma poitrine pour avoir moins froid. Puis je les enserre de mes bras et y enfouis ma tête. Voilà. Je ne suis plus qu'un bloc, un bloc impénétrable. Plus rien ne peut m'atteindre, je suis protégé.
***Ca commence. Je rapproche le fauteuil de la fenêtre et je regarde les vitres se tâcher de milliers de gouttelettes. Rien de plus beau que la symphonie de l'eau au soir de l'après-midi. Je perds mon regard au-dehors. C'est hypnotisant. C'est un ballet aquatique incessant... Et ça semble raconter une histoire. Qui donc a pu égarer tant de larmes? Qui donc verse sur nous ses regrets de jeunesse, flèches limpides délivrées par les cieux, mais qui ne blessent personne? Ce n'est que l'eau de nos souvenirs, qui se disperse en milliers de particules éclatées, et semble nous souffler à l'oreille: Ne m'oublies pas...
***A présent, je regarde sans voir. Je ne fais qu'écouter la cadence régulière de ce chant simple et léger, cette improvisation soudaine des effluves de l'en haut. Je ferme les yeux. J'écoute les battements de mon coeur se calquer sur le rythme paisible de cette berceuse irréelle.
***J'ai rouvert les paupières. Mes yeux accompagnent à nouveau l'informe qui continue d'évoluer au dehors. J'y baigne mon regard, faute de pouvoir y nager. Le brun de mes pupilles s'est décoloré. J'ai enfin les yeux bleus. Et je déshabille du regard cette eau pudique qui se dérobe dans sa chute.
***Je voudrais ouvrir la fenêtre, mais il fait décidement trop froid. Je tendrais la main pour cueillir ce qui fuit, et pencherais la tête pour recevoir le baptême de quelques gouttes égarées.
***J'ai la main droite collée à la vitre, j'y colle aussi le front. Le contact avec le froid du verre est électrisant. De ma main libre, j'empoigne une tasse de thé brûlant sur le bureau. J'aime ce parfum qui enivre mes narines, l'odeur du jasmin. Pensif, j'y trempe le bout des lèvres et avale une gorgée. Je frissonne, ma peau frileuse se rétracte. La chaleur soudaine qui envahit mon corps est surprenante... mais agréable.
***Je suis seul dans une maison vide de sens, à arracher des brides d'un monde éphémère qui ne m'appartient pas. Je ne pense à rien, ou plutôt à tout. C'est effrayant.
***Je pense à elle. Elle, pareil à la pluie. Aussi insaisissable, aussi imprévisible... et aussi belle. Comme la pluie, elle est à la fois chaude et glaciale. Comme la pluie, je pourrais la contempler, indéfiniment, jusqu'à ce qu'on trouve une limite au temps. Je ne veux que la retenir, elle me glisse entre les doigts. Je la perds avant même de l'avoir gagné. Je ne veux que le contact de sa main, caresser le creux de sa joue, effleurer le bout de ses doigts, dessiner les courbes de son cou...
***J'ai retiré ma main de la vitre. J'observe la trace de mes doigts, de ma paume, s'évanouir dans l'inconnu. Sur la buée que crée mon souffle chaud, je trace distraitement son nom, ce nom que je voulais taire, ce nom que je voulais silence, mais que j'ai tant prononcé...
***Alors j'ouvre la fenêtre, et appuyé sur le rebord, je serre les dents au contact du vent froid qui me mord la peau.
***Ô pluie de nacre et d'étain, entraîne dans ta chute mon secret. Qu'il s'écrase alors que tu gîs sur le
***pavé. Elle est objet d'amour mais elle n'aime pas... Je l'aime.
***Je suis trempé, je grelotte. Mes vêtements collent à ma peau. Peu m'importe. Je ne suis plus que désir de fusion. Mes lèvres assoiffées cherchent breuvage, embrassent l'eau, avides et maladroites. Je veux tout donner, rien qu'une fois, qu'importe ce que je reçois.
***Mas déjà le ciel se dégorge, les nuages s'effacent. La pluie se fait plus fine, expire, une dernière fois. C'est fini. J'ai mal à la gorge. Le temps s'est enfui, j'ai tout laissé s'échapper. Et elle... Je ne la reverrais certainement jamais.