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***L'homme est un contre-sens total. Il te recherche, Amour, avec cette pudeur fragile qui se brise au moindre accoup. Oui, Amour, sous quelques formes que tu apparaisses, toi seul désarme le plus invincible des hommes, parce que tu touche ce trésor si cher aux enfants de Dieu, sali, souillé, méprisé par celui qui ne veut plus voir: La sensibilité.
***Mais les hommes se méprennent sur ton compte, Amour. Jadis, tu étais honoré d'illustres noms, hélas aussi flatteurs qu'abusés. Car nous, faiblesse éphémère, orientons nos pas dans l'illusion de nos images, à travers les reflets de nos miroirs, l'ardeur de la flamme au plus profond de l'âme d'autrui. Ô, Amour... Pardonne notre ignorance, notre égoïsme. Car nous errons dans la tromperie d'un rêve inquiet, sans en voir la moindre couleur.
***Je n'ai pas la prétention de te comprendre, Amour. On te devine, mais on ne te démontre point. En revanche, je te découvre et redécouvre, et chaque jour j'apprends à aimer un peu plus. Car tu ne t'inscris pas toujours dans la durée, mais aussi dans l'instant. Amour, je l'avoue, je suis tombé amoureux d'un sourire au milieu des visages placides, crispés, et éteints. Je me suis enflammé pour une grande paire d'yeux noirs qui avaient tout juste un an. Je brûle d'amour pour Paris, j'ai été captivé par les traits d'un jeune homme. Je suis amoureux de Mozart, de Beethoven, de Rachmaninov et de Tchaïkovski. J'ai de l'affection pour le pavé humide des trottoirs, de la passion pour la pluie, et de la tendresse pour la neige. J'embrasse la brise qui m'effleure le visage, m'enivre d'un parfum inconnu. Je fusionne avec le piano et rougis devant le violon. J'ai le c½ur en fête face au rire naïf d'une de celles qu'on appelle "trisomiques", ce rire, le plus honnête du monde.
***Je suis amoureux des corps, nus, de ces arbres givrés au matin de l'hiver, de ces tempêtes d'ocre et de cuivre, laissées par les feuilles dans leurs sillages, un après-midi d'automne. Amoureux d'un bonjour, cueilli au coin d'une rue, de la vieillesse, fragile et courageuse. Amoureux de la danseuse, de l'inconnue aux yeux bleus et à la crinière de feu. Amoureux d'un timbre de voix, de longues mains effilées, d'un regard, d'un silence complice. J'aime le coquelicot qui s'éteindra le soir aux côtés du papillon, les champs de blés couchés par le vent, le silence de l'orage, la senteur des pins, l'odeur des croissants frais.
***Je suis amoureux des textes profonds, de la poésie de Bonnefoy, des vers d'Ovide et de Sapho. Amoureux des arts, du théâtre et de ses planches, amoureux du cinéma et de ses grandes salles sombres. Amoureux de l'indienne et de son sari, de l'africaine et de son boubou, amoureux de la japonaise, nouant son obi. Je suis amoureux des langues et des berceuses. Amoureux d'une photo, d'une peinture, d'un dessin, amoureux d'un paysage, amoureux d'un rêve, d'un souvenir. Amoureux d'une chanson, d'une mélodie, d'un mot.
***Oui, Amour, l'aveugle aime le toucher caresse du velours, la douceur de la plume, et l'irrégularité de la peau, le sourd aime la tendresse d'un baiser, les lèvres humides, le souffle chaud sur sa nuque, le muet aime les secrets, le hululement de la chouette, la mélancolie du erhu.
***Amour...j'ai tant de tendresse pour ce que tu façonne, nous, argile de ton inspiration, terreau de tes ½uvres fugaces et inachevées.
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