Nada Surf
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♥ ♫ ☆ HISTOIRE SUR UN BANC
PART II
***- Ca y est, je t'ai enfin retrouvé.
***- Ah non! s'exclame celle-ci en rouvrant les yeux, son regard figé droit devant. Tu ne vas pas encore venir tout gâcher! Vas-t-en d'ici, tu me fais de l'ombre... et puis tu m'embête.
***- Liliane, arrête! Tu sais bien que ça ne peut pas durer! Ca fait sept jours maintenant! On ne peut pas te surveiller continuellement. Et puis, moi, j'ai autre chose à faire que te courir tous les jours après.
***- Mais tu vas me laisser tranquille oui! s'énerve Liliane tout en tournant la tête vers le nouvel arrivant.
***C'est un jeune homme, à peine vingt-cinq ans. Il porte un blouson de cuir, et des cheveux mi-longs châtain clair. Son menton laisse deviner quelques poils épargnés par le rasoir. Ses yeux bleu-gris sont moqueurs, et il porte à Liliane un regard plein de malice.
***- Et puis, je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler Liliane. Je ne suis pas ta copine, tout de même, rajoute-t-elle un peu plus calme.
***Sur ceux, elle contemple à nouveau la course de l'eau et referme ses yeux. Le silence retombe aussitôt. Au bout d'un moment, Liliane sent un poids se poser sur le banc. C'est Luc, car c'est ainsi qu'il s'appelle, qui s'est assis. A nouveau le silence. Ensemble, ils écoutent les flots s'engouffrer avec douceur dans le sillon que l'on a tracé jusqu'au fleuve.
***- Je me rappelle, dit alors Liliane au bout d'un moment. Quand j'étais petite, on allait au canal avec mon frère, et on emmenait notre bateau. Tu sais? Le petit...
***- Mais arrête de radoter, steuplé! souffle Luc. Tu me gave avec tes histoires de jeunesse. De toute façon, j'les connais toutes par c½ur.
***- Je vois... toujours aussi aimable, lâche Liliane, boudeuse.
***Et le silence reprit ses droits.
***- Et sinon, le travail, ça se passe comment? Comment vous dites déjà... Le... Paf.
***- Le Taf.
***- Oui, c'est ça. Ca c'est arrangé?
***- Boaf.
***- Et les amours?
***- Arrête Mamie, j'ai horreur de cette question!!
***- Bon, bon...
***Silence.
***- Mamie... Faut que t'arrête de fuguer comme ça. Si ça continue, les médecins, ils ne voudront plus de toi.
***- Ah bah tant mieux! Tiens, ça me fait une belle jambe. Je ne fugue pas, jeune homme, je fais juste ma promenade, et j'aime la faire SEULE.
***- Mamie...
***- Et puis rien ne serait arrivé si ta mère et toi vous ne m'aviez pas mis en maison de retraite.
***- Tu sais très bien qu'on n'avait pas le choix. Et puis on t'as pris la meilleure.
***- Tu parles!! Avec la Colette qui hurle toute la nuit qu'on lui a piqué sa culotte, la Louise qui laisse traîner son dentier n'importe où! D'ailleurs, pas plus tard qu'hier, le Fernand a trébuch...
***- Mamie... stop.
***Silence.
***- Bon, tu me promets que tu resteras à la maison de retraite, maintenant?
***- Hmmm...
***- Ouais, c'est ça, je les connais tes hmmm... On rentre?
***- Encore quelques minutes de liberté...
***Silence.
***- Mamie...
***- Quoi encore?
***Une légère brise s'est engouffrée dans leurs cheveux, et s'en va accompagner les murmures de l'eau qui s'enfuit sous les ponts.
***- Je t'aime.