L'air de rien, la vie, ça occupe beaucoup, alors je fais un petit saut pour les curieux, et je repars comme je suis venu. Le reste suivra, mais pas tout de suite______________________________________________________________________________

L'air de rien, la vie, ça occupe beaucoup, alors je fais un petit saut pour les curieux, et je repars comme je suis venu. Le reste suivra, mais pas tout de suite______________________________________________________________________________
TROIS SONGES POURPRES
POUR UN SOUPIR
PARTIE IV


***Ses paupières se sont entrouvertes. Il a les yeux bouffis, sa pupille l'irrite: il a pleuré. De fatigue, sûrement, se dit-il. Son nez saigne un peu. Des gouttes de sueurs perlent sur ses tempes. Il porte une main à son front. Celui-ci est brûlant. Le voilà malade. Sa vue se brouille. Pris de vertiges, il s'écroule sur le lit et plonge dans un semi-coma où le délire supplante les rêves.

***Chine communiste, dans un vieux quartier de Shanghai, laissé pour compte depuis plus d'un demi siècle et n'abritant qu'une faible population. L'aube arbore tout juste ses premières couleurs, reflétées par les tuiles des toitures. Les portes en Huanghuali, autrefois imposantes et brillantes, témoins de siècles florissants immémoriaux, semblent à présent se recroqueviller sur la misère amère d'un présent sans fond et donner, à chaque nouveau seuil, sur un monde mystérieux et effrayant. Quelques fois, on peut apercevoir au-dessus de leur fronton une lanterne, dont la flamme, à travers le papier, brille comme les rubis, unique richesse d'un jour.
***Elle se tient là, dans la pâle pénombre, le corps droit, la tête inclinée. Dans un coin de la chambre, le lit est défait, les plis sinueux du drap témoignent d'une nuit agitée. A terre, contre le mur, gît, éventrée, une boîte en camphrier laquée qui ne renferme plus que des souvenirs.
***Immobile, vulnérable, tournant le dos à la porte qu'il a laissé ouverte avant de disparaître, elle frissonne plus qu'elle ne tremble. Sa main droite enserre son avant-bras qui pend négligemment le long de son corps. Ses longs cheveux lisses, d'un noir de jais encadrent un visage fin que vient rehausser une bouche grenade aux reflets cuivrés dont elle se mordille nerveusement la lèvre inférieure.
***Il vient de partir. La pièce est encore imprégnée de son parfum en suspend, ultime gage de sa présence tout juste fraîche. Elle ferme les yeux, et inspire avec difficulté, la gorge nouée par quelques sanglots étouffés. Lui compris, combien cela fera-t-il? Parmi tous ceux qui se sont succédés, serait-ce enfin le bon? Elle a peur, mais elle a envie d'y croire. Chaperon maladif qui s'en va chercher le loup, avec le fervent espoir de le changer en agneau. Elle est douce, elle est belle... mais elle peine à se trouver d'autres talents.

***Au loin, on perçoit le bruit sourd des pétards qu'on allume pour chasser les mauvais esprits. C'est nouvel an, chacun fait la fête. Ici, le goût est au silence. La chambre, vide, est oppressante. Elle a les muscles tendus et les yeux fatigués. Que fait-elle donc ici, parmi les décombres d'une gloire presque éteinte qui refuse de se ranimer? Ses yeux, figés dans une stupeur peinée, semblent fuir la précarité insalubre du quartier.
# Posté le dimanche 10 mai 2009 14:00
Modifié le dimanche 10 mai 2009 14:17

Trois hommages pour trois songes dans cette nouvelle. Et le deuxième s'achève déjà. Un air de déjà vu pour moi, mais je me comprends. Deux suites pour le prix d'un, histoire de me faire pardonner pour l'attente...______________________________________________________________________________

Trois hommages pour trois songes dans cette nouvelle. Et le deuxième s'achève déjà. Un air de déjà vu pour moi, mais je me comprends. Deux suites pour le prix d'un, histoire de me faire pardonner pour l'attente...______________________________________________________________________________







TROIS SONGES POURPRES
POUR UN SOUPIR
PARTIE III






***La musique s'est arrêtée, la lumière, évanouie. Mais la danseuse continue son ballet qui prend des allures singulières, perdu dans un profond silence que viennent seulement rythmer ses pas lorsqu'elle retombe sur l'estrade. On peut presque percevoir le son inaudible de son souffle, tandis qu'elle s'alanguit, se courbe, nous invite à ce nouveau langage, la danse dans la simple pureté des mouvements d'un corps dans l'espace, et le silence comme musique absolue. Gracieuse, agile, elle enchaîne les vrilles et les courses d'entrechats avec la lenteur des mouvements amples, la nuance du corps dans sa presque immobilité. Perdue dans une pénombre sans nom, elle n'est plus que flamme de l'âme, guide aveugle de l'immuable. C'est un spectacle... assourdissant, une dimension vertigineuse. On perd toute notion de réalité. Mais voilà qu'au centre, elle se fige.
***La chaude lumière d'un soleil agonisant baigne alors l'estrade, dissipant à nouveau ces ténèbres éphémères. L'épingle de son chignon impeccablement nouée est ressortie et libère sa crinière auburn. Le silence semble s'accrocher à nouveau à la scène. Soudain, ses pieds martèlent les planches en bois de rose, lentement d'abord, puis avec une fréquence de plus en plus rapide.
Esmeralda Suite
Santa Esmeralda

♥ ♫ ☆

***Au loin, un son de guitare s'élève, audacieux, un tantinet fou, des mains tapent un rythme effréné en cadence. Son visage s'est durci, affiche quelque chose de passionnel, le regard s'est embrasé. Ses mains expertes font claquer ses doigts tandis qu'elle exerce de savants mouvements de poignets. Le reste du corps tarde à s'exprimer. Enfin, elle virevolte sur elle-même, ses mouvements sont plus durs, plus forts, plus agressifs, elle va très vite, se lance dans une improvisation fusionnelle. Parfois, elle ralentit, son corps devient plus suave, rivalise de sensualité. Le temps d'un flamenco, elle s'est faite Carmen. Tantôt, elle retranscrit la colère et la douleur, tantôt, c'est la peur et la passion qu'on lit en elle. La voilà qui joue avec son corps, les talons frappent le sol sans pitié, le tissu s'agite en tout sens, dévoilant le galbe de ses jambes. Malgré l'exigence éprouvante de l'exercice, le plaisir est total. Les battements du c½ur s'accélèrent, se calquent sur le rythme frénétique qui va crescendo. La fréquence des battements de mains se fait plus courte, les mouvements du corps de plus en plus rapides, saccadés. Les pas martèlent le sol de plus en plus fort, à une vitesse vertigineuse. On retient son souffle, la poitrine manque d'exploser...Dernier claquement de talon, assourdissant...et le silence retombe.
***Alors, elle imagine la clameur s'élever des gradins, et tandis que ses joues s'empourprent sous l'effet de la chaleur, elle salue sous les ovations silencieuses de son public fantôme, modeste triomphe qu'elle ne savourera que d'avantages. Mais voilà que les portes de l'amphithéâtre s'ouvrent à la volée, et aussitôt s'y engouffre une lumière aveuglante
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# Posté le jeudi 13 novembre 2008 17:42
Modifié le samedi 15 novembre 2008 05:21

Une suite tout en musique pour ceux qui veulent suivre l'ambiance dans laquelle elle a été écrite. Souvenirs. Quant à l'explication du pourquoi je publies plus sous l'impulsion qu'autre chose... Mystère. Merci de votre patience.______________________________________________________________________________

Une suite tout en musique pour ceux qui veulent suivre l'ambiance dans laquelle elle a été écrite. Souvenirs. Quant à l'explication du pourquoi je publies plus sous l'impulsion qu'autre chose... Mystère. Merci de votre patience.______________________________________________________________________________
TROIS SONGES POURPRES
POUR UN SOUPIR
PARTIE II


***Il s'est levé, pour ajourer les stores. Les feux de l'astre embrasent à présent les murs, et tout autour, le crépuscule pleut. Il s'est rassis et a ramené ses genoux tout contre sa poitrine. Celle qu'il aime...pourquoi éprouve-t-il tant d'aversion à employer ce verbe? L'aime-t-il encore? Comment peut-on perdre toute confiance en une valeur qu'on a toujours crûe sûre? Il sourit: on croirait entendre le monologue d'un héros racinien.
***Celle qui l'attire... Il se souvient: il y a encore quelques jours, il avait renoncé, ça faisait trop mal, ils s'étaient blessés. Il était en colère contre lui, contre elle aussi. A présent, il est plus serein, il veut juste ne plus y penser. Le temps d'un instant, il s'accorde pourtant une dernière faiblesse. Tendrement enserré en f½tus, il ferme les yeux et laisse aller son imagination...

***La salle est plongée dans l'obscurité, en dehors d'une estrade qu'éclairent faiblement de vieux projecteurs. Elle est assise sur le bord, une jambe repliée sur elle pour lacer son chausson. Elle s'applique, prend le temps de nouer les rubans, d'ajuster le n½ud. Puis elle se lève, arpente un peu la scène. Ses pas raisonnent et font échos sur les murs de l'amphithéâtre. Elle fait quelques pointes, deux, trois entrechats... le visage, concentré, ne laisse transparaître aucune émotion. Puis, toujours impassible, elle fait face aux rangées de fauteuils écarlates et habille sa bouche carmin d'un de ces sourires de spectacles, le sourire poli de tout artiste qui se produit en public. Soudain, un tressaillement: sa main vient d'agripper le tissu de sa tunique fuschia. Nervosité, excitation? Mais déjà le geste qui l'a trahi s'efface, à nouveau remplacé par sa superbe. Quelques pas de geisha en arrière, et elle s'immobilise dans une posture singulière.
Opus 36
Dustin O'Halloran

♥ ♫ ☆
***Alors on entend le ronronnement d'un appareil qui s'enclenche, puis un léger ballet s'élève. La musique est naïve, un peu enfantine, comme sortie d'une boîte à musique. Elle se meut, comme soudain animée d'un souffle nouveau, et peu à peu, elle rentre en symbiose avec la mélodie. On dirait une poupée qui évolue, solitaire, dans un coffre à jouet. Les mouvements, volontairement maladroits, sont saccadés, les expressions sont maîtrisées au millimètre près, le regard est perdu. C'est une fascination totale pour la beauté de la technique.
La Valse d'Amélie
Yann Tiersen

♥ ♫ ☆
***Subitement la musique change, les nuances se font plus fines, la mélodie s'assombrit. Et avec elle, mûrit la danseuse: son corps s'assouplit, elle se fait mouvance, le regard s'anime. Et le c½ur s'ouvre enfin, se complait dans cet unique art, ses membres vivent ses émotions intérieures. Et elle, devient femme. Elle a dépassé la technique pour ne plus que servir sa passion. A la fois si forte et si fragile, elle évolue, errante, entre les lourds rideaux d'un velours bordeaux, de part et d'autre de la scène. Et voilà qu'un nouveau sourire se dessine sur ses lèvres. Mais alors que la politesse s'est effacée, c'est uniquement le plaisir qui le soutient.



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# Posté le jeudi 13 novembre 2008 17:13
Modifié le samedi 15 novembre 2008 05:19

Grand retour de Soudain-L'Orage qui pour la rentrée change de coupe!! Avec en Prime, une nouvelle tout en rouge pour un concours où malheureusement elle n'a pas été retenue. Enfin, on avance, les échecs ne font que me renforcer. Je vous nomme donc nouveau jury, à vous de décider si elle vous plait... ou pas.______________________________________________________________________________

Grand retour de Soudain-L'Orage qui pour la rentrée change de coupe!! Avec en Prime, une nouvelle tout en  rouge pour un concours où malheureusement elle n'a pas été retenue. Enfin, on avance, les échecs ne font que me renforcer. Je vous nomme donc nouveau jury, à vous de décider si elle vous plait... ou pas.______________________________________________________________________________
Comptine d'un autre été
Yann Tiersen

♥ ♫ ☆

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TROIS SONGES POURPRES
POUR UN SOUPIR
PARTIE I


***Il vient de récupérer son c½ur, en lambeaux. Mais rien n'est plus important. Les affaires de sentiment, c'est d'un banal, d'un pathétique. Lui qui voulait paraître original, il est tombé en plein dedans. Il n'admettra jamais sa souffrance, trop de fierté, peut-être, pour accepter l'idée même qu'il ait pu éprouver une once de chaleur pour elle. Les peines de c½ur, il suffit de les prendre avec humour pour qu'elles s'évaporent.
***C'est une belle fin d'après-midi, une après-midi de mars. Mars, aux sentiments violents, que seul les tendres bras de Vénus pouvaient adoucir. Il est adossé au mur, sur la couche que recouvre une couette lie de vin. A travers les stores, une chaude lumière s'épanche sur un parquet acajou et fait la chasse aux ombres. Au dehors, le soleil finit de lustrer les briques des toits et cheminées, et entame sa lente retraite, marquée par un sillon aux nuances de rose saumon. Il fait beau. Il préfère penser à l'intérieur. La nuit dernière, il avait rêvé d'un après-midi semblable. Il n'était pas seul. Il y avait cette fille qu'il avait oubliée. Ils étaient jeunes, à l'époque. Elle était partie, ils s'écrivaient souvent. Et puis ils avaient perdu les mots pour finir par se perdre de vue.

***Elle n'avait pas beaucoup changé, peut-être un peu mûri. Ce n'était que le vague produit d'un souvenir qui tendait à s'effacer. Elle était jolie dans sa robe de lin pourpre à pois blancs. C'était l'été, il faisait chaud. Avec ses grands yeux noirs, on aurait dit une souris des champs. Sa bouche cerise s'était figée dans une éternelle moue rieuse. Elle avait quitté ses talons vermeils pour entrer dans le champ de coquelicots. A vrai dire, c'était plutôt des pavots qui dodelinaient docilement, sous les impulsions d'un vent léger. Et elle courrait en riant, ses chaussures vernies à la main, ses boucles brunes qui lui mangeaient le visage à chaque fois qu'elle se retournait pour le regarder. Lui souriait, les mains dans les poches, un peu gauche, avant de courir la rejoindre. Là, ils s'allongeaient au milieu des fleurs, et retrouvaient leur complicité d'autrefois, à jouer avec les coccinelles, les envoyer vers Dieu, observer les gendarmes et les papillons aux ailes safrans. Il la contemplait, avec ce regard qu'il savait intense, juste pour voir ses joues prendre une teinte pivoine. Sa pudeur lui faisait baisser les yeux. Il affichait un air triomphant, puis ils éclataient de rire. Alors ensemble, ils déshabillaient le ciel qui effilochait ses blessures, laissant derrière lui de longues traînées ensanglantées. Puis ils fermaient les yeux et s'enivraient du parfum des fraises sauvages.

***Sur son lit, il secoue la tête. Il n'aime pas les clichés et son rêve en est un. Trop idéalisé... et d'un ridicule: elle n'a jamais eu les cheveux bouclés, ils n'ont jamais batifolé parmi les pavots... Il n'a jamais été amoureux d'elle. Et pourtant... elle lui manque.


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# Posté le dimanche 28 septembre 2008 11:37
Modifié le jeudi 13 novembre 2008 17:09

Dernier coup de pinceau sur le tableau, dernier froissement des poils qui brossent la toile. C'est fini. Bonne vacances à tous et toutes, félicitation aux bacheliers. Quant à moi, je fais une pause que je me réserve le droit de briser à tout moment. Dans le cas contraire, bonnes vacances, et à la rentrée!!______________________________________________________________________________

Dernier coup de pinceau sur le tableau, dernier froissement des poils qui brossent la toile. C'est fini. Bonne vacances à tous et toutes, félicitation aux bacheliers. Quant à moi, je fais une pause que je me réserve le droit de briser à tout moment. Dans le cas contraire, bonnes vacances, et à la rentrée!!______________________________________________________________________________
Chanson d'ami
Zazie

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LA TOURMENTE BLANCHE
PARTIE VII(FIN)


***Le temps s'effile, Gabriel poursuit son rôle et s'enferme dans une contemplation passive de l'être aimé: lorsqu'elle se rend au parc, il l'observe jouer rêveusement avec ses cheveux, perché sur une branche, tandis qu'il caresse d'un air absent l'écorce de l'arbre. Parfois, lorsqu'elle souligne ses grands yeux verts d'un trait azur, il se fond dans le miroir et semble vouloir étreindre son reflet. A l'étude, il s'assoie sur le rebord de la fenêtre, et s'imagine traverser la vitre, planant au milieu des feuilles qui bientôt, se teindront de cuivre.
***L'été est là, mais dans les rues, les cités, il fait froid. Gabriel n'existe plus qu'à travers la douleur qui le transcende. Ils marchent, parmi la foule désordonnée qui évolue sur les trottoirs. Les voilà anonymes, perdus, fondus dans une masse où évoluent les masques les plus effrayants. Gabriel ne pense plus, sa tête est creuse, son c½ur est vide. Toutes ces questions qui lui ôtaient le sommeil, hantaient ses songes, torturaient ses entrailles, ne sont plus. Elles ont fui, abandonnant leur proie à des puissances plus noires encore. Gabriel ne parle plus, la parole s'est tue en même temps que l'espoir. Ces mots, que baignait la passion, n'ont pu émouvoir ni la terre, ni les cieux. A quoi bon les garder, à quoi bon les retenir, les préserver, puisqu'ils ne satisferont plus que lui-même. Et son égoïsme ne remplacera jamais ce qu'il a perdu. Les voilà qui s'envolent, de nouveau emprunts de cette liberté qu'on leur a enfin rendu.

***Leïla s'est démarquée de la foule qui continue de glisser librement sur les trottoirs. Pensive, les yeux et le c½ur perdus dans la musique qui inonde ses oreilles, elle s'engage sur le passage clouté. Il ne voit pas tout de suite la voiture qui déboule à l'embouchure de la chaussée et qui, emportée par son élan, ne parvient à réfréner son ardeur. Lorsque enfin il l'aperçoit, il est trop tard. Pétrifié, il voit l'engin se ruer sur la jeune fille qui ne pousse qu'un cri. Il est trop tard pour l'arrêter.
***Soudain une lumière. Tout se fige. L'ange a rejoint la chaussée. Avec une infinie douceur, ses mains rencontrent le dos de la jeune fille et la pousse vers le trottoir. Une pression, une seule, unique, une caresse volée. Et dans ce dernier geste de tendresse, il déverse tout son amour. Cet amour qui enfin, a trouvé son accomplissement. Comme dans un rêve qui voit sa fin approcher, ses doigts quittent le contact de sa peau, encore tout emprunt de sa chaleur.
***Le choc, violent, sous l'effet de la vitesse, produit un son effrayant. La voiture percute le corps qui roule et s'en va racler le macadam sur plusieurs mètres. Il gît au sol, ses membres déchirés, meurtris, inanimés. Ses tempes, sa poitrine, les commissures de sa bouche, laissent s'écouler des traînées abondantes d'un liquide rouge, poisseux qui colle à ses plumes, ses cheveux. Sa peau, brûlée, arrachée, laisse deviner par endroits la blancheur de ses os brisés. Gabriel ne dit pas un mot. Les anges, d'ordinaire, ne saignent pas.

***Aussitôt, on accourt, on s'affaire vers la carriole dont le conducteur sort encore tout sonné. On observe l'impacte du pare-brise, ces traînées de sang qui viennent d'on ne sait où car Leïla est indemne. On s'enquiert auprès d'elle, elle est sous le choc... mais sauve. Gabriel reste invisible, aux yeux de tous. Personne ne le voit partir.
***Le ciel est gris, il pleut. Et Gabriel pleure, purifie ce corps souillé, broyé, cette poitrine ouverte, qui n'est plus qu'un amas de plaies béantes, mêle ses larmes au sang, ce sang donné pour une vie. Dans un dernier élan de tendresse, il étend sa main vers elle, et il lui semble effleurer sa joue, sentir une dernière fois la fraîcheur de son visage au bout de ses doigts. Il a choisi, il ne retiendra pas la vie qui s'enfuit. Et tandis que, le sourire bercé par les larmes, son corps se soulève, s'alanguit une ultime fois, l'ange expire. Et il s'efface, s'évanouit, comme gommé du paysage, ses restes s'éparpillent, dispersés à tous vents.
***Il neige. En plein été. On demeure perplexe, face à l'étrangeté des évènements, les caprices du temps... Leïla étend la main pour cueillir la neige qui s'épanche autour d'eux. Elle avait cru apercevoir une faible lumière, alors qu'on la poussait sur le trottoir. Et ce contact sur sa peau, si tendre, si doux, si chaud ... L'a-t-elle rêvé? Probablement... Au creux de sa paume, les cristaux de glace viennent se lover pour expirer, déshabillant ces quelques larmes prisonnières tout en fondant. Ses doigts se referment doucement sur ce fragile cadeau. Puis, sans plus se soucier de sa frayeur, elle poursuit son chemin, sans remarquer la plume qui s'est accrochée au pan de son sac...


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# Posté le lundi 07 juillet 2008 11:12
Modifié le samedi 27 septembre 2008 14:12